In the magazine · Eden Summer 2024

L a peinture est cette ouverture, faire d’une fenêtre vide, un rêve, suf- fisamment vaporeux, étonnamment puissant, qui captive, qui inter-

L

a peinture est cette ouverture, faire d’une fenêtre vide, un rêve, suf-

fisamment vaporeux, étonnamment puissant, qui captive, qui inter-

roge, qui accompagne. Le peintre n’est pas un coach, le peintre est

un devin. Vois ce que tu ressens. Ma sensibilité pour parler à tes sens.

Le peintre n’a que faire de celui qui regarde quand il crée. Il n’est qu’un

vecteur. Le chemin qui va de l’origine à l’horizon est emprunté par le

peintre mais aussi par celui qui regarde. L’un et l’autre ne vont pas dans

la même direction. Il n’y a rien à comprendre, juste faire quelques pas et

se retrouver soi, un peu plus loin, un peu plus dépouillé, un peu plus lavé.

Au plus près de sa vérité qui déjà décampe. La peinture est décapante.

Encore faut-il tenter le jeu du miroir. Dans cet horizon la matière est en-

core tactile, l’horizon est dépassable. La matière peut s’évaporer, reste le

chaos. Monochrome. À réinventer. En attendant... La pensée a horreur du

vide. Et pourtant cette forme d’improvisation d’une note suspendue qui

en appelle mille autres, d’un aplat de couleur qui développe son histoire,

cette forme d’improvisation nous renseigne-t-elle sur nous-même ? Ou

devance-t-elle notre humanité ? Le peintre gratte la matière, la brûle,

la transforme, la casse, la contraint, la laisse réapparaître. Pour se lais-

ser surprendre. Fenêtre sur l’inconnu de soi. Petits creux, petits grains.

Points parsemés de peinture.

P

ainting is the opening up of an empty window, a dream, sufficiently

vaporous,

surprisingly

powerful,

that

captivates,

questions,

accompanies. The painter is not a coach, the painter is a seer. See what

you feel. My sensitivity to speak to your senses. The painter doesn’t care who

looks when he creates. He’s just a vector. The path that leads from the origin

to the horizon is taken not only by the painter, but also by the beholder. One

and the other do not go in the same direction. There’s nothing to understand,

just take a few steps and find yourself, a little further away, a little more

stripped down, a little more washed clean. As close as possible to its truth,

which is already slipping away. Paint is a stripper. But you still have to try the

mirror game. In this horizon, matter is still tactile, the horizon is surpassable.

Matter can evaporate, chaos remains. Monochrome. To be reinvented. In

the meantime... Thought abhors a vacuum. And yet, this improvisation of a

suspended note that calls for a thousand others, of a flat color that develops

its own story, does this improvisation inform us about ourselves? Or does

it anticipate our humanity? The painter scratches away at the material,

burning it, transforming it, breaking it, forcing it, letting it reappear. To allow

ourselves to be surprised. A window onto the unknown. Little hollows, little

grains. Dots strewn with paint.

SAINT-RÉMY-DE-PROVENCE I ALPILLES

HORIZON - Huile et feu sur bois 25/30

SOLEIL LEVANT - Huile et feu sur bois 25/30

VALLON - Huile et feu sur bois 20/25

VALLON - Huile et feu sur bois 20/25

VALLON - Huile et feu sur bois 20/25

Texte : Laurent Brun - Catalogue Matières Poétiques

Photographies : Studio28/Julia Badereddine

48 Rue Lafayette

13210 Saint-Rémy-de-Provence

Tel. +33 (0)6 87 22 44 13

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Expositions permanentes : Paris - Atlanta USA - Charleston USA